samedi 3 août 2013

Plan 9 from Outer Space (1959)



- Titre VF : Id.
- Année : 1959
- Réalisateur : Ed Wood
- Interprètes : Bela Lugosi, Vampira (Maila Nurmi), Tor Johnson, Dudley Manlove, Joanna Lee, Mona McKinnon, Gregory Walcott, Conrad Brooks, Lyle Talbot, Criswell, ....
- Genre : film culte


Nous commençons ici par un film emblématique, Plan 9 from Outer Space, réalisé par Ed Wood en 1956 et distribué en 1959. Beaucoup de choses ont été dites sur ce film, considéré assez injustement comme le plus mauvais film de tous les temps. Qu'en est-il véritablement?



Son réalisateur, Ed Wood (1924-1978) s'il est aujourd'hui devenu un cinéaste culte avec des titres comme Bride of the Monster (La Fiancée du monstre en V.F.) ou Glen or Glenda? était à l'époque un petit réalisateur de films de science-fiction fauchés qui comme bien d'autres, essayait de percer dans le milieu de l'industrie cinématographique. Plan 9 from Outer Space offre un aperçu intéressant de l'oeuvre de Ed Wood, puisqu'on y retrouve son style bien particulier et ses maladresses.



Le casting est très intéressant également, et nous renseigne indirectement sur le contexte de l'époque, offrant un parallèle entre le milieu hollywoodien privilégié et le système des séries B. Tout d'abord, Ed Wood fait appel à Bela Lugosi (1886-1956), ancienne star hollywoodienne qui tourna en particulier dans Dracula (1931), de Tod Browning ou dans L'île du docteur Moreau (1933). Sa carrière déclinant, et l'acteur étant dépendant à la morphine depuis des soucis de santé, il tourne essentiellement dans les films de Ed Wood depuis 1953.



Nous retrouvons également Vampira, alias Maila Nurmi (1922-2008), ex vedette de télévision qui présentait l'émission Movie Macabre en 1954 sur la chaîne ABC. Mise sur liste noire plus en raison de sa vie privée agitée que pour ses opinions politiques, l'actrice accepte de tourner pour Ed Wood uniquement pour des raisons financières. A noter que l'on reverra néanmoins cette comédienne atypique dans L’Épée enchantée (1962), de Bert I. Gordon.


Troisième acteur emblématique de Plan 9 from Outer Space : Tor Johnson (1903-1971), ex catcheur professionnel qui apparaît épisodiquement au cinéma depuis les années 1940. Ayant déjà tourné tout comme Bela Lugosi dans Bride of the Monster (1953), il réapparaîtra dans son dernier film The Beast of Yucca Flats en 1961.
Le reste du casting comprend l'actrice Mona McKinnon, habituée des films de Ed Wood, ou encore le mage Criswell, vedette de la télévision et qui fait ici la scène d'introduction du film.



L'histoire de Plan 9 from Outer Space, avec son tournage précipité et ses moyens réduits est plus intéressante que le film en lui-même et permet sans nul doute de mieux l'apprécier. Le film déjà, fut financé par une église baptiste, ce qui valut à toute l'équipe du film (acteurs compris) de se faire baptiser afin qu'Ed Wood puisse obtenir les fonds nécessaires.

Le scénario de Plan 9 met en scène une invasion extraterrestre : ces derniers ont décidé de mettre en garde les Terriens contre l'usage de la bombe. Ils décident alors de mettre en place le "plan 9", c'est à dire ressusciter les morts et les retourner contre les vivants. Des soucoupes volantes sont rapidement aperçues au-dessus de Hollywood. Parallèlement à la police, un jeune pilote d'avion et son épouse mènent l'enquête. Ils vont se retrouver confronter à Eros et Tanna, deux extraterrestres envoyés sur Terre pour mener à bien le plan 9.






A première vue, le scénario, s'il peut sembler biens simpliste aujourd'hui, ne diffère pas de bon nombre de petits films de science-fiction qui pullulent aux U.S.A dans les années 1950. Cependant, nous ressentons ici le faible budget de production alloué au film : des décors de carton pâte (le vaisseau spatial n'est qu'une pièce vaguement décorée d'objets futuristes, la cabine de pilotage de l'avion est assez mal reconstituée, les protagonistes font bouger les croix en carton du cimetière en passant trop près d'elles, etc.).

D'autre part, en conséquence sans doute de la rapidité du tournage mais aussi à cause de la maladresse de Ed Wood (il ne prenait généralement qu'une seule prise, considérant qu'elle était bonne), nous passons allègrement du jour à la nuit pendant plusieurs scènes. Par exemple, nous apercevons Vampira ressuscitée qui sort de sa tombe dans l'obscurité et le brouillard du cimetière. Au plan suivant, deux protagonistes l'aperçoivent, mais derrière eux, on se rend compte que l'on est en pleine journée. Ces genres de scènes abondent. Que dire d'autre? Lorsque les pilotes d'un avion voient des soucoupes volantes voler dans le ciel, le spectateur voit bien distinctement le fil qui les maintient en l'air. Mais le plus frappant réside certainement dans les scènes avec Bela Lugosi.

Lorsque le tournage du film débute en 1956, le comédien est en fait déjà décédé. Les scènes du début du film sont donc tirées de prises de vue antérieures, réalisées pour un autre projet de film. Et lorsque le comédien sort de sa tombe me direz-vous? Eh bien il ne s'agit aucunement de Bela Lugosi, mais d'une doublure, qui outre le fait d'être dans la vie réelle le chiropracteur de l'épouse d'Ed Wood -le réalisateur lui trouvait une vague ressemblance avec Lugosi dans le regard- a la particularité d'être beaucoup plus grand que lui. Naturellement, lors de ces scènes, la doublure apparaît toujours voilée dans sa cape pour ne pas révéler la supercherie.

Quant aux extraterrestres en question, non seulement d'apparence humaine, ils sont kitsch à souhait avec leur costume argenté brillant. D'ailleurs, ne vous souciez pas de cette invasion, car les extraterrestres en question ne sont qu'au nombre de trois, de même que les morts ressucités (Bela Lugosi, Vampira et Tor Johnson).



Plan 9 from Outer Space est-il le pire film de l'histoire du cinéma, comme l'a décrété un critique américain au cours des années 1980? Je répondrai à cette affirmation en disant que l'on peut difficilement qualifier ce film de "pire". Certes, Plan 9 n'est pas un bon film, mais parmi tous ses défauts, nous relevons tout de même certains points positifs : par exemple, la scène où l'inspecteur de police (interprété par Tor Johnson) sort de sa tombe au milieu d'une légère brume, avec une musique angoissante est très belle. Il faut dire que dans son ensemble, le film bénéficie d'une photographie et d'éclairages soignés.
Le scénario, même si les scènes s'enchaînent mal, n'est pas dénué d'intérêt, puisque les extraterrestres mettent ici les humains en garde contre les méfaits de la bombe nucléaire. Et puis avec les ans, à l'instar d'une bonne bouteille de vin, Plan 9 s'est bonifié. Il en découle aujourd'hui ce que l'on pourrait appeler la représentation par excellence d'un nanar : le film n'est pas bon, mais certains éléments comme son aspect kitsch ou son charme désuet concourent à rendre sa vision agréable.


Lors de sa sortie en 1959, près de trois ans après son tournage, le film ne connut pas de succès, et cet échec contraignit Ed Wood a ne tourner que de manière épisodique des films d'assez basse facture. Le réalisateur écrivait cependant beaucoup, et on lui doit les scénarios de plusieurs titres comme The Violent Years et Orgie macabre. Il mourra en 1978, dans un quasi anonymat, rongé par l'alcool et dans un état proche de la misère.

Ironiquement, depuis sa redécouverte dans les années 1970-80, Plan 9 from Outer Space est devenu un film culte pour beaucoup de cinéphiles, tout comme le réalisateur Ed Wood. En 1994, Tim Burton a d'ailleurs réalisé un excellent biopic de la vie du cinéaste (interprété par Johnny Deep), relatant notamment les tournages mouvementés de certains de ses films comme Bride of the Monster ou Plan 9. Si vous aimez Ed Wood et que vous voulez faire découvrir ses films à votre entourage ou certains de vos amis, je vous conseille donc de leur faire voir d'abord le film de Tim Burton, avant de les faire plonger dans l'univers bien particulier de ce réalisateur.